Archives pour la catégorie Sorties et rencontres théâtrales

La parole est aux élèves !

Wendy

J’ai beaucoup aimé les deux pièces, le Moche et Perplexe. C’était très drôle. Le seul truc que je n’ai pas apprécié et qui m’a mise mal à l’aise, ce sont les moments de nudité…La rencontre avec les acteurs et la metteure en scène était vraiment intéressante (avant et après le spectacle) même s’il fallait vraiment s’imposer pour pouvoir leur parler.

Jérémy

J’ai bien aimé les deux pièces. j’ai trouvé la première très bien et la deuxième était un peu désordonnée mais sur le fond, certaines scènes étaient raccord. J’ai bien rigolé ! Merci.

Yasmine

Une rencontre magnifique avec une actrice humble, naturelle et très sympathique. Les deux pièces étaient très intéressantes mais très différentes. Le Moche était structuré, alors que Perplexe partait vraiment dans tous les sens ! Beaucoup d’humour et le jeu d’acteur était juste…OUFISSIME ! La mise en scène était géniale. C’est pour moi, de loin, les meilleures pièces qu’on a vu depuis le début d’année !

Adrien

La rencontre avec Adèle et Maïa était riche en découverte. J’ai été particulièrement surpris par leur vivacité d’esprit, elles abordaient des sujets complexes, tels que la place de la beauté dans la société avec une assurance déconcertante. Alors…qu’est-ce que la beauté dans la société ? Une image ? Un héritage ?

Yanice

Je n’ai pas pu profiter pleinement de la pièce parce que je n’étais pas idéalement placé…J’aimerais donc revoir Le Moche et Perplexe ! Sinon, de ce que j’ai pu observer, d’un oeil…perplexe, il faut le dire, j’ai vraiment apprécié la pertinence et la subtilité avec lesquelles le sujet a été traité. La beauté est un sujet intéressant car c’est n thème plus présent qu’on ne le croit, il est même omniprésent dans nos bies. C’est cette coquille qu’est l’apparence qui nous donnera ou non l’envie d’un contact avec la personne que l’on a en face de nous et qui nous rend attirant ou non. C’est le moment de prendre conscience des premiers jugements que l’on peut avoir, et qui sont souvent infondés…

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Maïa Sandoz et Adèle Haenel dans notre classe au Microlycée…La classe !

trilogieHier, grande journée avec les élèves de 1ère ES-L. Dans notre parcours théâtral, Le Moche et Perplexe, deux pièces de Marius Von Mayenburg, qui traite de la question de l’identité dans notre monde…vaste sujet ! Nous commençons la séance en lisant des extraits de chacune de ces pièces et notons au tableau toutes les réflexions qu’elles nous inspirent. Cela tourne autour de la beauté, de sa signification dans la société d’aujourd’hui, de la subjectivité, de la discrimination. Ce texte dans lequel une femme dit à son mari qu’il est moche, qu’elle ne lui a jamais dit parce qu’elle aimait sa beauté intérieure mais se montre incapable de le regarder autrement que dans l’œil gauche…nous trouble un peu ! Peut-on aimer quelqu’un qu’on trouve laid ? Et que devient la notion même de beauté si tout le monde est identiquement beau ?

Nous enchaînons sur Perplexe qui nous laisse…perplexes ! On sent que la pièce est drôle, et en même temps, elle produit une sorte de malaise. Les allusions au nazisme ne sont pas étrangères à ce sentiment…

DSC_1333Nous avons à peine terminé que déjà, Maïa et Adèle arrivent ! Le dialogue s’installe un peu timidement. Toutes deux se présentent, et on lance la discussion sur le thème de la beauté. Adèle Haenel évoque la question des normes, l’injonction sociale à ressembler à tel ou tel visage, à couper les choses qui ne vont pas, à photoshoper ce qui n’est pas normé. Les élèves réagissent. « C’est subjectif, la beauté ! » s’exclame Yasmine. « Subjectif, oui, mais quand les média, l’image impose une beauté, comment faire ? » renchérit l’actrice.

DSC_1337Félix prend la parole : « Mais la beauté, ce n’est pas que le physique, on peut être touché par le geste d’un enfant, le trouver beau. Et cela n’entre dans aucune norme, c’est un moment fragile que l’on retient et qui incarne la beauté. » Les deux artistes acquiescent. Au fond, nous sommes d’accord pour dire que le monde nous impose une norme qui ne correspond pas forcément à nos goûts. Du coup, cela pose la question de la mise en scène et des indications scéniques de l’auteur : l’acteur jouant le moche ne devra pas l’être particulièrement, et les physiques ne changeront pas malgré les opérations de chirurgie esthétique.

DSC_1343Cela nous interroge sur le jeu : comment montrer alors le changement ? Maïa explique que la posture va se modifier, l’ouverture du corps, mais surtout – et c’est la magie du théâtre – qu’il suffit de dire, dans le dialogue, qu’un personnage est beau pour que le spectateur y croit. De fait, nous le vivrons dans cette pièce démente, le soir même. Le moche, sollicité par tous, surtout par les femmes mais pas seulement, dégage un sex-appeal indéniable lorsque l’on voit tout le monde se l’arracher.

Nous enchaînons sur Perplexe. Adèle Haenel nous prévient : il faut se laisser porter par la pièce qui fonctionne comme un mécanisme qui s’emballe peu à peu. Les personnages, au fil du texte, en deviennent d’autres par des jeux d’alliance et de rejet. La metteure en scène nous en raconte la genèse : les quatre comédiens qui ont créé le spectacle sont bien connus des spectateurs et, de fait, le spectacle fonctionne aussi sur des clins d’œil qui nous échappent. Néanmoins, lorsque le soir, nous nous retrouvons au cœur de cette épopée endiablée, on se laisse complètement emporter par le flot d’événements incongrus qui s’enchaînent, un homme à tête d’élan, un enfant en uniforme nazi, une bonne qui se fait martyriser, les acteurs s’en donnent à cœur joie et leur abattage nous réjouit totalement !

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Mais revenons à la classe !

Yasmine se lance : « Pourquoi vous êtes devenue comédienne ? »

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Adèle Haenel nous raconte que dès l’âge de cinq ans, elle a pris des cours de théâtre, qu’elle a enchaîné très vite, un premier film à 12 ans, un autre à 17, une pause pour les études et un retour au cinéma et au théâtre. Quant à la question de l’envie du métier, elle se livre : « quand j’étais au lycée, j’avais un peu l’impression de jouer un rôle, du coup, ça m’a semblé naturel de faire du théâtre, mais ça ne l’était pas tant que ça parce que la question qui se pose c’est : où est-on vrai ? Dans la vie ou sur scène ? ». Le masque…l’identité, on y revient, cela rejoint des thèmes que nous avons abordé en étudiant le théâtre… Elle nous dit aussi qu’elle n’a pas eu une formation « officielle » (une école, un conservatoire) et que finalement, ce n’est pas plus mal car c’est aussi ce qui la pousse à travailler beaucoup pour avancer dans son métier.

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Et ce spectacle, ensemble, comment est-il né ? Maïa Sandoz est aussi actrice et toutes deux se sont rencontrées sur un tournage. Quelques parties de ping-pong, des bières partagées, des sorties au théâtre entre amies et hop ! L’envie de travailler ensemble au théâtre était née ! L’heure a tourné. On se donne rendez-vous au théâtre des quartiers d’Ivry pour la représentation. Deux heures trente de folie théâtrale, une folie qui semble inimaginable mais qui pourtant décrit impitoyablement le monde dans lequel nous vivons et ses absurdités. Une folie drôle et entraînante portée par des comédiens au rythme effréné.

image_fichier_fr_img_1108.a.danica.bijeljac.bd Mais l’émotion, cependant, ne manque pas, notamment lorsque le moche, devenu beau, contemple ses doubles dans un miroir et se parle à lui-même tandis qu’Adèle Haenel chante au micro la chanson de Joe Cocker « you are so beautiful ». Nous sortons ravis, attendons les acteurs pour les féliciter et les remercier.

La soirée s’achève, le prochain rendez-vous théâtral, c’est le nôtre, la semaine de création approche…au tour des élèves de déployer leur imaginaire sur le temps…

Nous remercions chaleureusement Maïa Sandoz et Adèle Haenel pour leur gentillesse et leur disponibilité !

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Projet Penthésilée…bonus !

Quelques retours d’élèves…et de profs sur cette expérience théâtrale !

Wendy

Tout d’abord, le début où il y a « les groupes » et que l’on vient te chercher m’a beaucoup dérangée et mise mal à l’aise. Cela m’a semblé mal organisé. Ensuite, la pièce, en elle-même était plutôt bien mais, dans tous les cas, je ne suis pas très théâtre ! »

Jérémy

Cette répétition était une première pour moi, et le fait d’avoir été mis en situation avec ces bâches m’a fait un drôle d’effet. La répétition en elle-même était bien, j’ai bien aimé Ulysse et sa manière de jouer.

Kevin

J’ai trouvé ce spectacle étrange et inattendu. Au début, en entrant dans la salle, je me suis senti perdu, ne sachant pas où me mettre. Les dialogues étaient super, j’ai bien aimé mais pas trop le jeu de scène car il fallait regarder partout pendant les scènes, ce qui empêchait de bien rester concentré.

Marine

L’arrivée au théâtre était curieuse, intimidante car nous ne savions pas à quoi nous attendre et où nous mettre, du fait que les sièges étaient recouverts par des bâches. Quand ils nous prenaient par groupes, nous ne savions comment  réagir. L’ambiance était très spéciale et nous ne savions plus où regarder. Mais cette étrangeté m’a bien intriguée et donné envie de voir la pièce pour creuser ces étranges personnages.

Félix

J’ai beaucoup aimé assisté à cette représentation, néanmoins, j’aurais aimé assister à des scènes non finies, plutôt qu’à des scènes terminées. J’ai bien aimé l’utilisation de la vidéo dans la pièce. Et j’ai vraiment apprécié le jeu des acteurs que j’ai trouvé excellent. Néanmoins, le début m’a choqué et je n’ai pas vraiment aimé. Toutefois, j’ai hâte de voir la pièce en entier !

Farid

Le début du spectacle était chargé de suspense et attisait ma curiosité de voir la suite…Je me suis posé beaucoup de questions: ce désordre est-il voulu ou bien fait-il partie de la pièce ? J’ai commencé à comprendre lentement que tout était fait pour attirer mon attention, ce qu’ils ont réussi ! Les acteurs étaient tellement passionnés qu’ils ont réussi à nous communiquer un intérêt pour cette histoire que je n’arrive toujours pas à situer, ni dans l’espace, ni dans le temps…puisqu’ils parlaient de questions intemporelles, la guerre et l’amour. Des questions qui nous tiennent toujours à cœur.

Florence

Étrange, cette arrivée dans la salle de spectacle. Je me fais alpaguer par une femme qui me déclare son amour, une autre m’entraîne en arrière-scène et disparaît sous la bâche noire. J’avoue que j’ai été perturbée. Je me suis demandé si tout le spectacle allait être sur ce mode, je l’ai craint même ! Cependant, une fois installée sur les gradins placés en scène, j’ai apprécié de « faire » partie du spectacle. Tout d’un coup, l’Histoire venait à nous, par ces personnages qui habitaient l’espace avec beaucoup d’intensité. J’ai été sensible à l’idée du champ de bataille et aux décors minimalistes qui faisaient de cette pièce une aventure contemporaine. Et puis les mots…quelle beauté !

« Projet Penthésilée »…une plongée contemporaine dans le monde antique !

Mardi 3 mars, la classe de 1ère ES-L est de sortie !

Le théâtre de Choisy le Roi nous a invités à assister à une répétition publique de Projet Penthésilée, une pièce de Heinrich Von Kleist (XVIIIème) , mise en scène par CatherineBoskowitz.

Nous arrivons sans savoir grand chose de la pièce, sinon cet argument:

17-Penthesilee©DR-200x250Chef de l’armée des Amazones, Penthésilée conduit ses guerrières sous les murs de Troie. Insensibles à la querelle qui oppose Grecs et Troyens, elles renversent tout sur leur passage. Assoiffée de liberté, Penthésilée refuse la loi des hommes, mais également celle de son peuple qui lui interdit de choisir l’homme qu’elle désire. L’histoire de Penthésilée entre en résonance avec celle de femmes surgies des luttes armées des années 70 ou des révolutions plus récentes comme celles du printemps arabe. Par leurs gestes extrêmes, leur désobéissance, elles défient les lois de représentations du genre féminin. Catherine Boskowitz s’empare du poème Penthésilée écrit par Heinrich von Kleist. Elle crée dans l’histoire de cette guerrière des interstices dans lesquels elle laisse apparaître les silhouettes de celles qui ont choisi de ne plus obéir. Elle tisse ainsi la toile de fond d’une réflexion sur la perception et le rôle de la femme, sur la désobéissance et la violence.

C’est alléchant, pour autant, cela ne nous a pas préparés à ce que nous allons découvrir ce soir-là. Quand nous entrons dans la salle, l’atmosphère est très étrange. Le plateau et les sièges des spectateurs sont recouverts d’une bâche noire, des objets épars habitent la scène, des gens circulent dont on ne sait s’ils sont comédiens. Notre entrée est timide. Spontanément, tout le monde s’entasse côté spectateurs mais cela ne dure pas. On vient nous chercher.

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Une femme blonde, altière, une rose à la main, s’avance vers nous et fait à chacun une déclaration d’amour. Nous sommes tous gênés ! On rit, mal à l’aise. Les uns se font entraîner dans des espaces du plateau, un petit groupe se retrouve installé par une comédienne en béquille dans des sièges apportés sur la scène, les autres suivent un comédien qui les enjoint de frapper des mains, accroupis.

IMG_0244Bizarre !

Et puis, le spectacle commence. Nous assistons à trois scènes de Projet Penthésilée, et la langue du XVIIIème, traduite par Julien Gracq, est jetée dans un champ de bataille contemporain où se rencontrent les images des drones, les soldats qui font des selfies, personnages porteurs d’une histoire antique qui résonne dans l’actualité.

Les spectateurs n’ont pas de répit, la scène est aussi dans la salle. Il faut avoir les yeux partout.

A l’issue de cette heure de découverte, nous nous installons pour discuter avec l’équipe du spectacle.

Les élèves sont très réactifs.

Yasmine dit qu’elle a beaucoup aimé la discussion avec la comédienne en béquille, maquillée en clown, sur la question de la douleur et de nos trucs à tous pour la supporter. Mais elle émet une réserve, elle s’est sentie profondément trahie quand, après avoir fini de se maquiller, la comédienne a ôté son attelle et marché tout à fait normalement. La question du mensonge, du jeu, du masque, surgit. L’équipe se montre très intéressée par ce retour qu’elle n’avait pas imaginée !

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Félix, quant à lui, revient sur l’usage des vidéos. Il dit à quel point sa génération, une génération ultra connectée, est spontanément attirée par les écrans sur scène au détriment des personnages et du texte.Cependant, il explique que ça l’a intéressé d’autant qu’il a reconnu les vidéos. Catherine Boskowitz est surprise. Félix enchaîne et l’interroge sur la genèse du projet. La metteure en scène explique qu’elle le porte depuis de nombreuses années. Elle circule beaucoup à travers la planète et notamment dans les pays en guerre et, en tant que citoyenne du monde, son engagement passe par une volonté artistique, celle de confronter un texte fort et poétique à la réalité contemporaine. C’est pourquoi, nous sommes entrés sur un champ de bataille. La mise en scène est donc une manière de se demander comment cette guerre des Amazones se déroulerait aujourd’hui.

Adrien, lui, dit qu’il a été touché par le monologue initial d’Ulysse, il a été très sensible à la langue. En revanche, parfois, les choses se sont mélangées, ce n’était pas simple de comprendre tout ce qui se passait et se disait.

Lorsqu’une spectatrice exprime son regret que les costumes ne soient pas « d’époque », Souhaïla réagit: c’est bien la liberté du metteur en scène que d’offrir une proposition artistique d’une œuvre. Pour elle, le choix n’est pas à remettre en cause.

La discussion touche à sa fin, nous allons voir la pièce le 28 mai et sommes curieux de découvrir si nos retours, lors de cette répétition générale, auront eu un impact sur la mise en scène.

Réponse dans quelques mois !

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La Nueve, un vent de vérité, de colère et de justice…par Félix Gapin de Première ES

Flyer-Nueve-19-11-2014-XXe-WEBLorsque l’on m’a demandé d’écrire une critique sur la pièce de théâtre, la Nueve, je dois admettre que je n’ai pas su quoi dire et surtout, écrire. Je pense que le message traduit par cette pièce est tellement puissant et transmis avec une telle force par les descendants des anciens combattants qu’il est difficile de donner son avis. C’est peut-être la peur de déformer les choses ou encore le fait que tout est à voir et rien, à dire. Ce que je sais, c’est que j’ai eu l’occasion de voir des pièces de théâtre qui dénonçaient des vérités difficiles à entendre ou à faire comprendre, mais je n’ai assisté qu’à une seule qui ne dénonce pas ni raconte ces vérités mais les fait vivre. Et cette pièce, c’était la Nueve.

arton94-b2a09Je ne vais pas m’attarder à décrire la mise en scène et le jeu des acteurs qui est, de mon avis, surprenant et irréprochable. Non. Néanmoins, je prends quand même le temps de souligner l’impact d’une telle pièce. C’est plus qu’un message. C’est un moment bloqué dans le temps où l’on revit le passé de ces gars qui ont tous vécu des horreurs mais qui ont choisi de continuer à se battre. Certes, pour la vengeance, il faut le dire mais aussi pour la justice qui n’a pas été présente pour eux, pour les autres, pour les familles, leurs amis, leurs copains mais aussi nous. C’est comme un paradoxe temporel où l’on vit  et combat avec ces hommes, où l’on souffre, on danse, on rit, on chante ! La Nueve ne nous montre pas le combat de cette unité mais nous fait combattre aux côtés de cette unité. C’est un moment si fort que le message n’est pas transmis mais vécu.

Pour conclure, la Nueve est une pièce qu’il faut voir, non pas dans un contexte historique ou d’obligation. Mais il est des choses de la vie qui nous font réfléchir et changer. La Nueve en fait partie. SI la Nueve a été par le passé un vent de vérité, de colère et de justice, aujourd’hui ce n’est plus qu’un souffle mais qui porte toujours sa devise et qui traversera toujours le temps afin de nous l’inculquer mais aussi de la transmettre aux générations futures.

Playhouse !

10473184_853806361317584_8107260178258692150_nMercredi 19 novembre, la salle commune du microlycée n’existe plus: c’est une scène de théâtre où va se dérouler pendant une petite heure une vie de couple en accéléré, Playhouse, une pièce de Martin Crimp, mise en scène par Rémy Barché.

Des microscènes qui créent un effet loupe sur les travers du quotidien. Du premier appartement que l’on aménage avec l’exaltation des biens communs, du canapé au frigo en passant par la table basse, aux émois amoureux que l’on joue (surjoue ?) face à l’autre, aux relations de voisinage…nous nous y retrouvons tous. Pourtant, ce qui frappe, c’est l’artificialité assumée des personnages. Elle rose bonbon, lui, bleu layette incarnent Barbie et Ken dans une vie qu’ils rêvent plus qu’ils ne la vivent.

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 Par ailleurs, concernant le Temps, puisque c’est le sujet qui nous occupe, difficile de mesurer la durée de ce couple. Les pastilles d’existence s’enchaînent, ponctuées d’un gong qui marque l’ellipse. Mais combien de temps dure chaque ellipse ? Le mystère reste entier. Au fond, peut-être est-ce une manière de dire qu’en amour, la durée ne fait pas l’histoire. Brassens le disait bien « Toutes les joies tous les soucis / Des amours qui durent toujours, / On les retrouve en raccourci/ Dans nos petites amours d’un jour. »

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Playhouse, comédie acide sur le couple et les masques changeants que l’on porte au quotidien face à l’autre, nous offre des instantanés du temps présent, ce temps qu’il faudrait vivre pleinement en étant soi et que pourtant, souvent, on ne peut supporter qu’en incarnant un faux-soi pour se conformer à l’autre mais aussi à l’image qu’on voudrait avoir de soi.

DSC_1146La rencontre avec Rémy Barché et ses comédiens qui clôt le spectacle nous amène à discuter de ces questions, de la véracité des situations dans lesquelles plusieurs élèves de la classe se sont reconnus, et, en même temps, du jeu particulier des acteurs, avec une diction accentuée -comme le fait remarquer Yohan.

Rangeant les décors, on se dit que la question du masque est symbolisée jusque dans le travestissement de la salle commune en lieu de spectacle. Un temps, notre lieu de vie quotidien est devenu un espace théâtral. Et de ce passage magique, il restera des traces indélébiles…

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Finissons en musique avec le grand Georges !

Tratando de hacer una obra que cambie el mundo…

Le vendredi 7 novembre, tous en route pour le théâtre Paul Eluard à Choisy le Roi.

Nous poursuivons notre découverte du théâtre sud-américain. Après l’Uruguay, le Chili !

IMG_7673La jeune compagnie Re-Sentida propose aux spectateurs un spectacle déjanté sur le sens même du théâtre. L’histoire est simple. Un gouvernement très autoritaire a pris le pouvoir, les comédiens décident alors de se retirer du monde pour créer LA pièce qui va tout changer.

Quand nous arrivons dans la salle, quatre ans se sont écoulés. Et les idées partent en vrille…

101759144650be4b1d6bb3f1Pour réveiller les spectateurs, faut-il les provoquer, les choquer ? Confronter Jean-Claude Vandamme à de jeunes Africains mourant de faim ? Faut-il se lancer dans des discours intellectuels à n’en plus finir ? Marcel Duchamp…art ou fumisterie ? Que signifie encore résister au théâtre ? Toutes ces questions nourrissent la pièce et interrogent aussi les relations humaines qui se sont nouées entre les différents comédiens. Rapports de pouvoir, de classes, misogynie, rien n’est épargné au spectateur qui, tour à tour, s’attache au personnage qui le débectait une minute plus tôt.

Le huis-clos crée cette tension électrique entre tous. Pour la troupe, le temps s’est figé pendant quatre ans. En témoigne ce personnage qui, absurdement, pendant tout le début de la pièce, trône sur les toilettes sans bouger.

Leur seul lien tratando_001avec le monde extérieur est un colis qui leur apporte nouvelles et nourriture sans qu’on en connaisse le véritable lien avec la vérité. Mais pendant que le temps des comédiens est resté suspendu, la vie au dehors a continué. Les choses ont progressé et tendent vers une société presque idéale.

Ce renversement inattendu amène alors à une nouvelle interrogation. Qu’est-ce que l’engagement ? Se retirer du temps présent pour mieux le raconter et dénoncer ses injustices ? Rester au contraire dans son temps et résister de l’intérieur ?

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Au final, les personnages renoncent à revenir dans le temps de leur société, leur décalage temporel, comme celui d’un aventurier d’un film de science-fiction, les en empêche. Ils s’enferment dans le temps fictionnel, une fiction dont ils ne sont plus seulement les acteurs, mais aussi les personnages.

Alors, pour nous, spectateurs, quel effet aura eu le temps de cette pièce sur notre idée de la résistance ?

Une chose est sûre, du temps, il en faut pour digérer cette création car ses effets se mesureront sur la durée…

Et pour vous mettre l’eau à la bouche, un petit extrait du spectacle…