A la recherche du temps mathématico-littéraire chez Calvino (suite et fin)

Cette ultime séance est consacrée à l’extrait de la nouvelle qui précède sa chute. Le narrateur, poursuivi, se demande si son poursuivant n’est pas lui-même poursuivi et si lui, notre narrateur, ne serait pas, par la même occasion, en train de poursuivre quelqu’un. L’extrait, complexe dans sa formulation même, multiplie les répétitions, « poursuivant » et « poursuivi » s’enchaînent et se font écho jusqu’à entraîner le lecteur dans une confusion intense. On ne sait plus qui est qui.
C’est là qu’Anna, formée aux mathématiques pures, intervient. Elle prévient les élèves que ce qui va suivre est du niveau de licence ! Face à elle, les yeux s’écarquillent…il faut dire que sont mêlés des élèves de ES et STMG, accoutumés aux maths, et ceux de filière L qui découvrent presque une langue étrangère !
C’est parti pour l’autre monde, comme dit Sami ! Un monde fait de groupes, d’anneaux et de corps…Anna déclame… »Groupanocor »…écrivons-le à la Queneau !

Elle explique en transformant les signes mathématiques (multiplier et additionner) par les idées exprimées dans la nouvelle: attente et poursuite. Elle montre ainsi la commutativité et, surtout, l’impensable: si l’on suit le raisonnement, le poursuivi peut aussi se mettre à poursuivre son poursuivant. Les élèves s’étonnent ! Pourtant, au vu du récit qu’on leur a présenté, un monde clos, celui de l’embouteillage, il y a fort à parier que les personnages commencent à tourner en rond, prisonniers de leur monde et finissent par inverser les rôles.

Les mathématiques, donc, offrent une clé à l’histoire !

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En littérature, on s’interroge sur la fréquence. Plusieurs situations littéraires se présentent dans le texte narratif:

on peut raconter une fois ce qui s’est passé une fois; raconter n fois ce qui s’est passé n fois; raconter n fois ce qui s’est passé une fois, en variant les points de vue, le récit alors se répète mais n’est jamais le même; raconter une seule fois ce qui s’est passé n fois, ce qu’on appellera le récit itératif.

Quelle situation de fréquence apparaît dans cet extrait ? Les réponses fusent: cela n’arrive qu’une fois. Non ! Ça se répète ! Ça se répète mais pas avec les mêmes personnages.

En réalité, on doit s’avouer vaincu: les repères temporels nous manquent. Rien ne permet de sortir de la confusion, c’est justement ce qu’entretient savamment Calvino. Il brouille les pistes.

Pour conclure, nous demandons aux élèves d’imaginer la chute de cette histoire. Ils écriront ce qui suit la phrase suivante

« A examiner mieux les données de la question, une des hypothèses qui se présentent est la suivante: que j’aie été chargé de tuer une personne et de ne pas me servir d’une arme contre personne d’autre sous aucun motif: en ce cas, je ne serais armé qu’à l’égard de ma victime, et désarmé à celui de tous les autres. »

FLORILEGE !

Thomas Tle L

Suite à cette interminable poursuite, je décide de prendre la décision suivante, je dois mettre fin à ce cercle infernal ou je ne saurais être en paix, je ne peux me permettre de passer mon temps à fuir de la sorte.Me vient alors une brillante idée. Je bondis hors de mon véhicule, me jetant sur le côté tout en m’abritant entre deux voitures avec, pour résolution, de stopper cette folle course. Mon poursuivant arrive, suivi lui-même par le sien et ainsi de suite, je commence à ouvrir le feu sur ce mystérieux individu. le voilà qui s’écroule à terre, victime de l’une de mes balles. C’est alors que je vois son poursuivant remonter dans son véhicule et poursuivre sa route comme si de rien n’était. Je comprends instantanément que cette poursuite insensée a pris fin.

Samuel Tle L

Cependant, aucune de ces hypothèses n’est maintenant envisageable. Étant donné que la balle que mon poursuivant a tirée m’a atteint. L’infinité de ces anneaux n’a pu vaincre la finitude de ma vie.

Sami Tle L

Mais en prenant un autre facteur en compte, celui du réservoir d’essence, j’ai peut-être une chance de m’en sortir. En imaginant que tous les poursuivis et poursuivants soient partis avec le réservoir plein, que tous aient des moteurs essence et non diesel, nous sommes en poursuite depuis six cents kilomètres maintenant, la logique veut que nous tombions tous en panne en même temps. Prenant en compte mon passé d’athlète au 3×500, j’ai, à pied, toutes les chances de m’en sortir. Sachant que je mets une minute vingt pour parcourir cinq cents mètres, la distance exacte entre moi et le prochain métro, et qu’il y a un métro toutes les trente secondes, je peux avoir la vie sauve dans deux minutes. Bingo.

Narindra 1ère L

L’autre hypothèse est que je n’avais pas d’autre choix que de mettre fin à mes jours, afin d’arrêter cette chaîne de poursuite. Peut-être que ma mort stoppera (ou peut-être pas) cette poursuite.

Anaïs 2de

Et si finalement, je suis désarmé face à tous les autres mais que ces autres sont en réalité des poursuivants, dans ce cas-là, je suis maintenant chargé de tuer non pas une mais des centaines de personnes, ce qui ferait de moi un poursuivant poursuivi par des poursuivants. Mais comment identifier mon principal poursuivant ? Pour pouvoir m’en tirer, il faudrait donc que la propriété poursuivant soit commutative, c’est-à-dire que quiconque poursuit soit à son tour poursuivi et que quiconque est poursuivi poursuive. Je suis déjà un peu rassuré de savoir que je ne suis pas le seul poursuivi, je peux donc reprendre ma course-poursuite dans le calme.

Ruben 1ère STMG

Ils meurent les uns après les autres. Il ne reste qu’un highlander.

Philippe Tle ES

Le poursuivi voyant que cette poursuite n’en finit pas décide de se garer et de prendre son courage à deux mains. IL est en plein milieu d’un parking de supermarché. Il rentre dans le supermarché et se rend compte que le poursuivant le suit toujours. Il court dans les rayon et tombe sur le rayon Chasse et Pêche. Voyant une tente, il se dit qu’après tout, la probabilité que son poursuivant le trouve est infime et il décide de rentrer dedans. Il attend, compte le nombre de passants dans le rayon et reste sur le qui-vive. Après des heures passées dans la tente, il décide de sortir car le magasin est fermé, il est soulagé, il a perdu son poursuivant. Mais tout à coup, il se dit qu’il n’a pas calculé la probabilité sur son arbre pondéré que son poursuivant se cache…

Romain Tle ES

Ce pourquoi j’ai décidé d’accélérer autour du rond-point. La voiture me colle,  j’accélère, je pousse les voitures, passe devant, freine, accélère, grille les feux, rentre dans l’arrière du poursuivant de mon poursuivant qui voulait tuer le poursuivant de mon poursuivant qui lui-même voulait tuer mon poursuivant. Grâce à cette manœuvre, le poursuivant rentre dans un mur, ce qui rompt la chaîne. Grâce à cette manœuvre, mon poursuivant se fait tuer par son poursuivant.

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