La Tragédie, « une révolution de soleil » (Aristote)

aristote02En 335 avant JC, Aristote définit la tragédie antique dans son œuvre, la Poétique, il consacre un chapitre à l’action tragique et à ce qui la compose. La question de la durée est alors abordée…

CHAPITRE VII – Comment doit être composée l’action de la tragédie
Après avoir défini les différentes parties de la tragédie et prouvé que l’action est la principale de ces parties, voyons comment doit être composée cette action. Nous avons établi que la tragédie est l’imitation d’une action entière et parfaite, et nous avons ajouté, d’une certaine étendue, car il y a des choses qui sont entières et qui n’ont point d’étendue. J’appelle entier ce qui a un commencement, un milieu et une fin. Le commencement est ce qui ne suppose rien avant soi, mais qui veut quelque chose après. La fin, au contraire, est ce qui ne demande rien après soi, mais qui suppose nécessairement, ou le plus souvent, quelque chose avant soi. Le milieu est ce qui suppose quelque chose avant soi, et qui demande quelque chose après. Ceux qui composent une fable ne doivent point la commencer ni la finir au hasard, mais se régler sur les idées qui viennent d’être exposées. Venons à l’étendue. Tout composé appelé beau, soit animal, soit d’un autre genre, doit non seulement être ordonné dans ses parties, mais encore avoir une certaine étendue : car qui dit beauté dit grandeur et ordre. Un animal très petit ne peut être beau, parce qu’il faut le voir de près, et que les parties trop réunies se confondent. D’un autre côté, un objet trop vaste, un animal qui serait de dix mille stades, ne pourrait être vu que par parties, et alors on en perdrait l’ensemble. [1451] De même donc que, dans les animaux et dans les autres corps naturels, on veut une certaine grandeur qui toutefois puisse être saisie d’un même coup d’œil ; de même, dans l’action d’un poème, on veut une certaine étendue, mais qui puisse aussi être embrassée toute à la fois et faire un seul tableau dans l’esprit. Quelle sera la mesure de cette étendue ? Si on la considère relativement aux acteurs et aux spectateurs, il est évident que l’art ne peut la déterminer. Par exemple s’il fallait jouer cent pièces en un jour, il faudrait bien alors prendre pour mesure la clepsydre, dont on dit qu’on s’est servi autrefois, je ne sais en quel temps. Mais si l’on considère la nature même de la chose, plus une pièce aura d’étendue, plus elle sera belle, pourvu qu’on puisse en saisir l’ensemble. En un mot, elle aura l’étendue qui lui sera nécessaire pour que les incidents, naissant les uns des autres, nécessairement ou vraisemblablement, amènent la révolution du bonheur au malheur ou du malheur au bonheur.

Chers internautes…nous vous laissons méditer le temps d’une clepsydre…

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