Interstellar…Le Temps au coeur !

La question de la narration dans Interstellar, pour la professeure de français que je suis, est tout à fait passionnante. En effet, en littérature, on apprend à nos élèves à repérer les procédés qui jouent avec l’histoire racontée, les ellipses temporelles, les « vingt ans plus tard », les retours en arrière, savamment nommés analepses, ou les sauts vers le futur, les fameuses prolepses pour ceux qui ont le goût de la précision du vocabulaire.

Or, dans Interstellar, s’il y a bien des sauts dans le temps, des ponts entre les époques, le rythme de la narration est-il pour autant à dissocier de celui de l’histoire ? Car si ellipse il y a, sa durée n’est pas la même pour tout le monde. Le héros et ses compagnons ont pour mission de trouver, parmi les trois planètes repérées par des scientifiques envoyés en mission des années plus tôt, celle qui deviendrait, pour l’humanité, une nouvelle Terre. Cette exploration est source de dilemme. Quelle planète explorer en premier ? La plus proche, celle de Miller, sur laquelle passer une heure équivaut à sept années terrestres ? La plus lointaine, avec le risque de n’explorer qu’elle ?

Le Temps est en réalité le véritable héros du film. C’est lui qui tire les ficelles. Lorsque Cooper et ses compagnons partent à l’aventure sur la planète de Miller, le temps de leur histoire s’éloigne de celui des autres personnages, du temps terrestre, bien sûr mais aussi du temps de Romilly, seul astronaute resté dans le vaisseau-mère Endurance, et qui les accueille à leur retour bien des années plus tard. C’est ce qui fait la grande force narrative du film. Alors que, généralement, on s’interroge sur la question du temps de l’histoire et du temps du récit, analysant leur coïncidence, leurs écarts et ce que cela signifie du point de vue de la narration, Interstellar nous oblige à revoir les modalités de cette démarche. Que signifie le temps de l’histoire alors même que la relativité du temps à laquelle sont soumis les personnages va distordre la temporalité et nous amener à un questionnement sur le temps des histoires de chacun ?

Car nul doute que, pour le spectateur qui suit les aventures du point de vue du héros, Cooper, temps de l’histoire et temps du récit coïncident. Dès lors, on ne peut plus analyser la question de la temporalité en tant que tel sans recourir à la notion de point de vue. Selon que l’on se place du côté de tel ou tel personnage, l’écoulement temporel n’est pas le même.

C’est ainsi que le temps de Cooper et celui de sa fille, Amelia, ne coïncident plus. Et c’est irrémédiable. La fille, soumise à la chronologie terrestre, vieillit plus vite que son père dont les années spatiales s’écoulent beaucoup plus lentement. Lorsque l’on adopte le point de vue d’Amelia, les ellipses narratives sont constantes. On la voit petite fille, on la retrouve âgée d’une trentaine d’années, et le dénouement offre une surprise (peut-être un peu trop) attendue. Comme son père dont on adopte le point de vue, on a alors le sentiment que sa vie a passé à la vitesse de la lumière. Or si la relativité temporelle existe bel et bien lorsque les espaces-temps ne sont pas les mêmes, le thème de la fuite du temps nous amène aussi aux notions de temps objectif et temps subjectif. Une des scènes les plus émouvantes du film, lorsque Cooper voit défiler vingt-trois années de la vie des ses enfants, nous rappelle combien, entre l’enfance et l’âge adulte, le sentiment du temps écoulé diffère.

Christopher Nolan déclare que c’est la première fois que, dans l’un de ses films, « la question du temps est au cœur du récit. S’il y a un méchant dans Interstellar, c’est le temps, qui est l’essence de la condition humaine.» On savait dès Memento, polar à rebours que je recommande chaudement, que cette question l’intéressait. Quinze ans plus tard avec Interstellar, Nolan interroge notre relation au temps, à l’autre et, plus largement, propose une réflexion sur ce qui meut l’humanité…

Interstellar, héritier revendiqué de 2001 l’Odyssée de l’espace, offre un voyage spectaculaire à travers le Temps et l’Intime et défend la belle idée qu’au delà, une constante demeure: l’amour seul est invariant et transcende le Temps.

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